SANDOR  FERENCZI est un médecin Hongrois (1873 – 1933) devenu psychanalyste après sa rencontre avec FREUD. Il exerça à Budapest, puis à Vienne. Ferenczi fut le disciple préféré de Freud jusqu’en 1932. Il est mort en 1933. La dernière année de sa vie, décisive pour l’élaboration de sa pensée, il a pu mettre en forme ses découvertes thérapeutiques. Son détachement de Freud lui a permis de faire des innovations capitales qui sont à la base de tous les développements de la psychothérapie aujourd’hui. A la neutralité bienveillante il oppose la relaxation qui fait apparaître les symptômes corporels et il remplace l’attitude rigide du psychanalyste par la souplesse qu’il nomme « élasticité de la technique ». C’est ce qu’il appelle la « néocatharsis » par la relaxation en auto-hypnose.
Pour Ferenczi, une pensée dogmatisée est une pensée morte. Ce n’est pas l’expérience qui doit correspondre à la théorie, mais la théorie qui doit s’ajuster à l’expérience. Le premier but de l’analyse est donc d’empêcher que l’analyste s’enfonce dans le mensonge, comme il avait déjà commencé de le faire en se réfugiant derrière la protection de la « technique ». En mettant l’analyste en situation de plonger, le patient l’amène à mieux ressentir ce qu’il ressent lui-même et comment il le ressent.

Le besoin narcissique fondamental

Ferenczi constate que la plupart des adultes ne s’aiment pas. Or, pour lui, le narcissisme est la base de la personnalité, c’est-à-dire que « la reconnaissance et l’affirmation du Moi propre comme entité réellement existante, précieuse, de dimension, forme et sens déterminés, ne peuvent s’acquérir que si l’intérêt positif du monde environnant cautionne en quelque sorte… la consistance de cette forme de personnalité ». La psychothérapie travaille au niveau de la construction basique de la personnalité. Enfants, nous avons été traités comme des adultes prématurés, et cela nous a empêchés de grandir. Alors, ne traitons pas les patients comme des enfants attardés, aidons-les seulement à retrouver le savoir de leur état d’enfance confisqué.

L’inconscient férenczien

La résistance aux agressions mobilise des énergies très puissantes. Elle est constitutive de la substance organique. Normalement c’est le psychisme qui rétablit les situations de déséquilibre des organismes, mais quand les perturbations sont trop violentes, alors c’est l’organique qui se met à penser. L’inconscient férenczien apparaît comme une intelligence autonome du corps. Les expériences traumatisantes s’inscriraient dans les cellules. La mémoire ainsi stockée agirait comme un mécanisme réparateur des distorsions structurelles de la personnalité. Les cellules auraient également conservé la trace de tous les stades du développement phylogénétique de l’être humain. Ferenczi a donné le nom de  « Bioanalyse » à l’exploration cet inconscient-là.

La théorie du traumatisme

Le trauma est une  commotion  d’origine  externe, directe ou indirecte, qui modifie le Soi. Et la personne fonctionne avec une partie qui « inconsciemment sait et souffre, et une autre, toujours vivante, mais mécanique et insensible ». En thérapie, le clivage se retrouve : une partie peut raconter presque avec indifférence ce qui s’est passé, alors qu’une autre partie revit les événements dans un état de transe qui fait s’évanouir les revécus sans laisser un sentiment de conviction. Bien avant Arthur Janov et les débuts de la Thérapie Primale, Ferenczi a mis en place un protocole qui permet au patient de revivre ses traumatismes dans toute leur intensité et d’accéder au sentiment de conviction. Ferenczi pose la question des différents niveaux de conviction. Bien sûr, les événements du passé appartiennent au passé, mais le ressenti dans le présent des sentiments et des souffrances du passé, doit être traité comme faisant partie de la réalité présente du patient. Car, si l’analyste renvoie au patient que les événements qu’il mentionne ne sont que des images mnésiques, « il peut suivre notre pensée, mais reste coincé dans la sphère intellectuelle et n’atteint pas le sentiment de conviction ».

Le savoir être du thérapeute

Ferenczi est un thérapeute des profondeurs qui sait que la capacité d’auto-guérison d’une personne a besoin de temps pour que la réponse névrotique aux problèmes existentiels s’inverse. Il s’agit de ne pas devancer les découvertes du patient, ni d’exprimer à sa place ce qui est en train d’apparaître lentement à sa conscience.
Un thérapeute est sans cesse confronté à la souffrance des autres. Il doit pouvoir supporter cette souffrance sans chercher à la soulager immédiatement, parce qu’il sait l’effet salutaire de l’actualisation de cette souffrance. Il doit savoir ne rien faire. Toucher, voir, entendre la souffrance d’autrui est très éprouvant. L’envie première est de l’évacuer, de la nier, de la minimiser, de lui trouver vite un remède afin de ne plus être dérangé par elle. Aucun soignant n’échappe à cette tentation. Pour Ferenczi, le véritable thérapeute est celui qui sait prendre la mesure de cette souffrance et accompagner jusqu’au bout le patient dans l’épreuve du ressenti.